Par Charles AGAH, co-responsable du pôle Ecologie de Lueurs Républicaines.


Pierre Rabhi, pionnier de l’agro-agriculture, écrivait ceci : « Désormais, la plus haute, la plus belle performance que devra réaliser l’humanité sera de répondre à ses besoins vitaux avec les moyens les plus simples et les plus sains. Cultiver son jardin ou s’adonner à n’importe quelle activité créatrice d’autonomie sera considéré comme un acte politique, un acte de légitime résistance à la dépendance et à l’asservissement de la personne humaine ». [1]

Ces mots poignants nous démontrent à quel point notre modèle de société basé sur l’asservissement de l’être humain dans un monde d’hyper-production et de sur-consommation , n’est pas compatible avec la protection de notre environnement.

COP après COP l’heure n’est plus aux mots, mais aux actes

Durant des années les “conférences of parties” (COP) ont cherché un accord afin de réduire la consommation mondiale de gaz à effet de serre. L’accord historique et ambitieux de la COP 21 avait pour objectif que le réchauffement climatique ne dépasse pas la barre des 2°C. Cela exigeait donc des investissements massifs dans les énergies renouvelables, des contributions économiques afin de permettre le développement des pays émergents ou encore la formation, la sensibilisation et l’éducation au réchauffement climatique.

Mais encore faudrait-il que les États tiennent leurs promesses. La pandémie de la Covid 19 était le moment de bouleverser le cours des choses et d’investir massivement dans la transition vers un modèle de société plus respectueux de son environnement, mais aussi de l’être humain.

Et pourtant, le Président de la République réélu pour un second mandat a dernièrement annoncé la construction de 6 à 14 nouveaux réacteurs nucléaires. Le nucléaire est une énergie décarbonée, mais de transition, car la question du devenir des déchets radioactifs n’est toujours pas réglée. Cette mesure vient à rebours de la loi de Transition Énergétique pour la Croissance Verte publiée le 18 août 2015 au journal officiel[2]. Elle avait entre autres pour objectif de diminuer la part du nucléaire dans la production d’électricité à 50 % d’ici à 2050. Rappelons également que la France figure parmi les mauvais élèves de l’Union européenne en ne comptant que 19% d’énergies renouvelables dans son mix-énergétique, soit trois points de moins que la moyenne européenne à 22%.

Crise climatique et crise démocratique sont étroitement liées

Le fatalisme s’installe doucement dans nos sociétés et le pouvoir politique perd de sa grandeur. Son inaction sur le plan écologique, mais aussi sur le plan sociétal nourrit  une apathie démocratique grandissante. Et pourtant, il est le seul qui puisse impulser un basculement de notre modèle de société. Un modèle où grandissent un néolibéralisme et une mondialisation financière meurtrière pour toute une partie de la planète, inadaptée aux enjeux du XXIème siècle.

Le statu quo des politiques n’est plus acceptable face au bouleversement climatique. En effet, il est crucial d’impulser une nouvelle voie, de nouvelles manières d’agir à toutes les échelles, qu’il s’agisse du  niveau mondial, national ou « citoyen ».

Le capitalisme et le néolibéralisme sont basés sur un modèle de croissance qui ne prend ni en compte les impacts sur l’environnement ni le bien-être humain. Une intervention étatique est primordiale pour répondre à la crise climatique afin de permettre aux générations futures de vivre dignement dans un monde viable, en osmose avec la nature.

Dans certains pays comme au Bhoutan, il existe un indice de bonheur qui entre dans l’établissement des politiques publiques, le « Bonheur National Brut » (BNB) qui recouvre à la fois un niveau de vie, de santé, d’éducation, d’utilisation du temps, de résilience écologique, de bien-être psychologique, mais aussi de vitalité communautaire et de résilience culturelle[3]. Cet indice est primordial au Bhoutan, si bien qu’un projet de loi est adopté avec l’aval de la commission en charge du BNB.

La croissance économique ne peut plus être l’alpha et l’oméga de la bonne santé d’un pays.

Et si à l’avenir, nous devions adopter un comportement sobre ?

Jean-Marc Jancovici nous parle de sobriété comme étant la mutation incontournable à une réelle transition[4]. En effet, un système de production infinie se nourrissant de ressources qui se tarissent n’est pas un modèle à même de répondre à la pression démographique du XXIe siècle, mais aussi de relever le défi planétaire du réchauffement climatique. Dans notre monde capitaliste, le bonheur est souvent induit par une consommation exacerbée qui puise dans les ressources de notre planète et qui nous demande d’être toujours à la pointe de la mode. C’est de ce modèle de société de consommation que nous devons nous détacher et adopter une transition vers la sobriété.

La sobriété devra donc s’imposer dans nos modes de vie.

Il faut apprendre à économiser de l’énergie et cela passe à la fois par des politiques publiques volontaristes en la matière qui impulsent une vision alternative de notre mode de production et de notre philosophie de vie.

La transition que nous devons mettre en place doit inclure toutes les catégories de population et doit prendre en compte les facteurs d’inégalités sociales et économiques qui grandissent dans nos sociétés.

La vraie question est donc celle de savoir : sommes-nous capables de modifier nos comportements afin de permettre aux générations futures de vivre correctement, dans un monde prospère tant sur le plan social que sur le plan écologique ?


[1]« Désormais, la plus haute, la plus belle performance que devra réaliser l’humanité sera de répondre à ses besoins vitaux avec les moyens les plus simples et les plus sains. Cultiver son jardin ou s’adonner à n’importe quelle activité créatrice d’autonomie sera considéré comme un acte politique, un acte de légitime résistance à la dépendance et à l’asservissement de la personne humaine ». Vers la sobriété heureuse, Pierre Rahbi, Edition Babel

[2]  loi-transition-energetique-croissance-verte

[3] Manifeste pour une école de l’écologie -Esquisse à destination des enseignants et de leurs élèves de  Thakur S.Powdyel  /éditeur: H diffusion

[4] https://le1hebdo.fr/journal/sobrit-faut-il-s-y-prparer/371/article/nous-ne-vivons-pas-une-crise-mais-le-dbut-d-une-mutation-4969.html

Catégories : Nos publications