Lueurs Républicaines recevait le lundi 27 juin trois intervenants pour débattre sur le rapport des jeunesses à l’engagement, entre espoir et désenchantement. Stewart Chau, expert en stratégie d’opinion et co-auteur de La fracture ; Martine Filleul, sénatrice socialiste du Nord ; et Samuel Fergombe, Président de l’association Tous Les Possibles. L’intérêt de rassembler chercheurs, acteurs associatifs et politiques et de recueillir les points de vue des différentes sphères d’engagement des jeunes et ainsi offrir une vision complémentaire.
Depuis plusieurs décennies, maintenant, la participation des jeunes à la vie politique ne cesse de décroître. L’abstention a même atteint 75% des 18-24 ans lors du second tour des élections législatives. Parmi eux, certains s’abstiennent plus que d’autres. Cette fracture est triple : genrée, territoriale et générationnelle. Genrée d’abord, car les hommes et les femmes ne votent pas ou ne défendent pas les mêmes causes. Territoriale ensuite, car les écarts n’ont jamais été aussi grands entre les jeunes ruraux et les jeunes urbains, axés sur la mobilité, plus diplômés. Alors que les 18-24 ont voté majoritairement pour Jean-Luc Melenchon en 2022, les 25-34 ont massivement voté pour Marine Le Pen. On peut penser que l’entrée dans la vie active provoque des désillusions par rapport au monde qu’on nous promet à la sortie des études.
Face à ce constat, plusieurs causes sont identifiées. La première tient au fait que la jeunesse soit née dans la sémantique de la crise : économique, sanitaire, sociale, écologique… Mais aussi dans l’urgence de répondre à ces crises. L’inaction climatique nous emmènera à « la fin du monde ». En découle le phénomène d’éco-anxiété.
La seconde est liée à la relative méconnaissance des institutions d’une partie de cette jeunesse. La carence du temps dédié à l’éducation politique à l’école ne permet pas aux élèves de s’approprier le fonctionnement de la démocratie. Les rares matières abordant la politique, comme les SES ou la philosophie ne sont étudiées qu’en 1ère ou Terminale, alors que l’école est obligatoire jusqu’à 16 ans. Certains jeunes ne se voient proposer aucune éducation politique à l’école.
Troisièmement, le manque de représentativité. Comment se sentir représenté alors qu’il n’y avait pas un député issu du monde ouvrier dans la précédente législature ? Les individus se sentent atomisés, isolés, non représentés par une société qui favorise l’individualisme au détriment du collectif et de la solidarité.
Enfin, le discours macroniste de l’effacement du clivage droite-gauche s’accompagne d’une désidéologisation. Les idéologies portent en elles des projets de société complets, abordant initialement toutes les causes portées par les jeunes dans leurs engagements. La désafiliation politique n’a jamais été aussi forte ; elle entraîne un brouillage des valeurs sur lesquelles reposaient nombre d’engagements.
Néanmoins, il n’y a aucune fatalité face au désintérêt des jeunes pour la vie politique. L’engagement persiste, mais se déplace du monde militant au monde associatif, tout en préservant des modes d’actions similaires, comme les manifestations. Ces causes s’orientent là où les jeunes pensent pouvoir « faire la différence ». Pour la question climatique, on se rend compte que l’échelle individuelle est caduque et qu’il y a un blocage dans les institutions politiques. Le monde associatif a donc toute sa place. Ces engagements se veulent plus directs, là où un vote peut prendre plusieurs mois voire plusieurs années pour produire des résultats. Au-delà de donner un simple vote, la volonté de prendre part plus directement à la vie politique se fait ressentir.
Alors faut-il abandonner la participation politique par le vote ? Au contraire, il faut le renforcer en y intégrant les jeunes de manière plus intense. Le droit de vote à 16 ans, reviendrait à intégrer 1.5 millions de nouveaux votant. De quoi donner un nouveau souffle à la démocratie ! Les jeunes s’abstiennent 10% de plus que le reste de la population. Mais les jeunes, contrairement aux préjugés, ne se désintéressent pas de la politique. Ils sont politisés, mais ne croient plus en la politique telle qu’elle fonctionne aujourd’hui. Ils s’engagent autrement. L’abstention des jeunes nous adresse un message d’exigence, qui nous oblige à l’exemplarité.