Depuis le 24 février, la guerre fait rage en Ukraine, les occidentaux, l’Union européenne en tête, refusant la confrontation armée, multipliant les sanctions économiques pour que l’agression russe envers les urkrainiens ne reste pas impunie.

Le Chancelier allemand Olaf Scholz a déclaré mardi 22 février que l’Allemagne suspendait l’autorisation du Gazoduc Nord Stream 2. Ce projet de plus de 10 milliards d’euros consistait à doubler les quantités de gaz délivrées par la Russie à l’Allemagne en reliant ces deux pays par un gazoduc de 2500 km de long sous la Mer Baltique. Les capacités de gaz russes atteindraient 55 milliards de mètres cubes de gaz par an[1]. Au-delà de la suspension de ce projet et du seul objectif de se passer à terme du gaz russe, les sanctions économiques européennes vont pousser les pays européens à se détacher des importations venant de Russie.

Cette situation concerne d’abord les pays européens qui, comme l’Allemagne, sont dépendants aux importations de gaz. 60% du gaz utilisé par les Allemands provient de Russie. Cette dépendance s’est accentuée suite à l’abandon du nucléaire et la volonté de sortir du charbon. Ainsi, les tensions internationales ont pour résultat de faire monter le prix de l’électricité sur les marchés internationaux. Ajouté à cela la libéralisation du marché de l’énergie en Europe, la reprise économique mondiale post-covid, faisant augmenter le prix des matières premières comme des énergies fossiles, la France risque de s’enliser dans la crise énergétique.

En France, le gaz russe ne représente “que” 17% des importations de gaz, et le pétrole 9% de ses importations, ces tendances sont à la baisse. Ces énergies composent respectivement 16% et 28% du mix énergétique français. Le gaz sert principalement au chauffage et à la cuisine, donc aux ménages français, avant l’usage industriel, dans la pétrochimie notamment.

Pour pallier ce brusque arrêt des approvisionnements, une solution de court terme sera de compenser cette perte par l’achat auprès d’autres pays producteurs comme les “pays du golfe” ou les États-Unis. Ces derniers se sont convertis en exportateur majeur de Gaz naturel liquéfié (GNL) grâce à leurs gisements de gaz de schistes. Cependant, d’un point de vue logistique, il est impossible de compenser l’intégralité des quantités que fournit la Russie par des importations de GNL. Il est nécessaire, et cette crise le montre, de sortir de la dépendance aux énergies fossiles, qui plus est, importées de l’étranger. Il n’est plus concevable que l’énergie, secteur stratégique pour l’économie et vital pour la population, soit soumis à la politique étrangère de pays dictatoriaux, ou même aux aléas du marché mondial. Rappelons qu’en décembre, la Russie a retenu de gaz en diminuant la quantité exportée vers l’Europe au profit de l’Asie, provoquant une hausse considérable de son prix.

Si la France est moins dépendante de la Russie que d’autres pays européens pour sa production énergétique, elle n’est pas totalement indépendante pour autant. L’énergie nucléaire représente plus de la moitié du mix énergétique français. Et cette tendance s’est confirmée suite aux annonces d’Emmanuel Macron concernant la construction de nouveaux réacteurs nucléaires en France. Contrairement au discours officiel, le nucléaire n’est nullement garant de l’indépendance énergétique française. Depuis les années 2000, la France ne produit plus aucune tonne d’uranium et importe les quantités nécessaires pour faire fonctionner ses centrales nucléaires. La question de la dépendance des importations d’uranium pourra se poser demain dans les mêmes termes que se pose aujourd’hui notre dépendance au gaz et au pétrole russe.

Cette situation rappelle la crise pétrolière de 1973, où une crise internationale a plongé la France et le monde dans une crise économique majeure. La baisse des exportations dans les pays producteurs ont fait autant de mal à l’économie, a pour principale cause la consommation abusive de pétrole dans les pays occidentaux. Valéry Giscard D’Estaing a développé le parc nucléaire pour réduire la dépendance au pétrole. Pour autant, le nucléaire ne représente plus à lui seul le gage de l’indépendance énergétique de la France.

Si en 1973, la réponse était le nucléaire, la réponse pour 2022 doit être la sobriété énergétique. L’instabilité de l’approvisionnement en ressources fossiles implique une refonte en profondeur de la politique énergétique. Le Président de la République fonde la trajectoire sur une augmentation exponentielle et continue en demande d’énergie, se préparant à une hausse de 60% de la production d’électricité. La conséquence directe de cette vision est la pérennisation de notre dépendance, au mieux aux fluctuations du marché, au pire, aux dictateurs se servant de notre addiction aux énergies fossiles pour faire pression sur nos économies et sur nos ménages. L’urgence est dans la rupture avec l’énergie fossile, pour le climat et pour l’indépendance de la France.

Défendre les valeurs de la France, la liberté, la démocratie, nécessite une politique étrangère crédible ne pouvant pas être contrebalancée par des intérêts économiques muselant notre action. L’indépendance énergétique est aussi garante de réduction du prix pour les ménages et les entreprises. Enfin, l’indépendance de la France dans ce domaine sera la clé de la réussite de la transition énergétique. Car la seule production pouvant être totalement indépendante est l’énergie renouvelable. De plus, les matériaux peuvent être construits en France à partir de ressources que nous possédons déjà.

Néanmoins, le problème de la dépendance aux énergies fossiles cache un problème plus large : celui de l’addiction à l’énergie. Il est donc primordial de réduire la demande en énergie, du moins de réduire sa croissance autant que possible. Pour cela des solutions existent déjà.

Pour ce qui est de l’usage de gaz pour les ménages, il peut être remplacé par l’électricité. C’est d’ailleurs la trajectoire qui a été prise avec l’interdiction de construire de nouvelles chaudières au gaz. Son utilisation majeure étant le chauffage, ce sujet doit être abordé sous le prisme de l’isolation thermique. En isolant les bâtiments publics comme privés, la nécessité de chauffer ou de climatiser diminue fortement. Aujourd’hui les travaux se font au coup par coup et non de manière globale, ce qui diminue les bénéfices en termes de réduction de la consommation. Une réforme des aides à la rénovation et l’isolation est nécessaire pour que chaque ménage, chaque travaux soit soutenu par des aides de l’Etat.

La réduction de la demande énergétique doit prendre place à toutes les échelles. La mise en place de trames sombres, c’est-à-dire de réduire l’éclairage nocturne, permettrait de fortes économies d’énergies pour les collectivités, qui, aujourd’hui, dépensent jusqu’à 50% de leur facture énergétique dans l’éclairage. Le public mais aussi le privé doivent participer. Il est tant de questionner certaines pratiques énergivores. Est-il nécessaire pour la société d’avoir autant d’écrans publicitaires, dans le métro, la rue, jusque dans les toilettes? Cette transition doit toucher tous les pans de la société. Du bâtiment au véhicule. L’hydrogène est une filière prometteuse permettant de se substituer aux énergies fossiles et de ne pas convertir toute la flotte de voitures thermiques vers des modèles électriques, ce qui aurait pour conséquence une hausse considérable de la demande en électricité. Les solutions sont nombreuses, connues, et fiables. Il ne suffit que d’une volonté politique pour amorcer le processus. Celui-ci prendra du temps. Nous ne sortirons de notre dépendance au gaz et au pétrole qu’au moyen terme, l’urgence n’en est que plus pressante. Pour l’indépendance de notre politique étrangère, de notre système énergétique et de notre modèle de société, sortons de notre addiction aux énergies fossiles.


[1] https://www.lemonde.fr/international/live/2022/02/22/moscou-appelle-les-autres-pays-a-reconnaitre-les-entites-separatistes-d-ukraine-le-president-hongrois-soutiendra-d-eventuelles-sanctions-europeennes-suivez-la-situation-en-direct_6114697_3210.html

Catégories : Nos publications