« Il y a deux manières de combattre, l’une par les lois, l’autre par la force : la première sorte est propre aux hommes, la seconde est propre aux bêtes » – Machiavel
En rejetant l’accueil de l’Ocean Viking au mépris des règles du droit international, c’est un droit des tigres que le gouvernement italien a appliqué. Rejouant le drame de l’Aquarus survenu quelques années auparavant, le comportement du gouvernement Meloni est le symptôme même d’un populisme xénophobe qui semble avoir gagné le cœur de l’Europe et dont la France n’est pas exempt.
Faisant tantôt le jeu de l’extrême droite – en proposant de livrer des titres de séjours en fonction de la demande du marché et faisant fis de la dignité humaine – tantôt revêtant les atours d’un humanisme artificiel, la réponse du Gouvernement est en deçà des attaques de l’extrême droite qui ne cessent de fuser. Insultes au sein même de l’Hémicycle ; montée d’une extrême droite décomplexée au sein des instances du Rassemblement national ; radicalisation de la droite classique… L’ennemi se bat désormais à visage découvert et profère des propos racistes et xénophobes qu’il essaie de maquiller en opinions.
L’épisode de l’Ocean Viking s’inscrit dans une tendance inquiétante qui prouve véritablement que l’extrême droite et son idéologie se sont totalement banalisées, à l’échelle nationale mais également européenne. Cette banalisation est le fruit d’une lutte acharnée de la part de ces cadres d’extrême droite qui n’ont trouvé face à eux aucune opposition réelle (en plus d’être largement diffusés par des chaînes faisant peu de cas du métier de journalisme).
La Gauche n’a su être une digue suffisamment robuste, faute de programme, d’idées, de cohérence. La faute nous incombe. Il nous faut contre attaquer. Il nous faut mener une véritable offensive politique, une véritable riposte humaniste.
Cette riposte doit cristalliser l’ensemble des idées constitutives de la Gauche, en plus d’intégrer les nouveaux combats qui sont les siens. Elle doit être un discours suffisamment fort, suffisamment solide, pour être opposée aux esclandres démagogiques de l’extrême droite. Elle doit faire respecter la dignité humaine des étrangers qui sont la cible de toutes les attaques. Elle doit répondre à l’obscurantisme des climato-sceptiques par la logique implacable de la rigueur scientifique. Elle doit opposer à la haine de l’autre l’égalité de toutes et tous. Elle doit répondre aux inégalités par la justice sociale, en tentant d’appréhender les discriminations dans l’ensemble de ses expressions.
Le chantier est immense mais il est humainement nécessaire. Si la France n’a pas encore cédé au national-populisme, l’extrême droite est aux portes du pouvoirs, menaçant, a la manière de la Pologne, de la Hongrie ou de l’Italie, de transformer la loi des hommes en droit des fauves.