Alors que dans quelques jours les enfants retrouveront les bancs de l’école, après un été particulier, pour beaucoup d’enfants cette rentrée rime avec angoisse et peur. Nombreux sont les témoignages qui défilent tout au long de l’année, sur des parents meurtris face à la disparition de leur enfant – parfois après de multiples alertes – sur le harcèlement scolaire dont il était victime.
Ce fléau est le symptôme d’une société qui a trop souvent placé la performance individuelle au-dessus du soin de l’autre. Et qui a fait le choix de ne pas donner de place suffisamment importante à l’empathie dans le développement du bien-être de l’enfant.
Les chiffres sont accablants et doivent nous servir de boussole pour l’action. Selon les dernières données, 35% des jeunes de 6 à 18 ans déclarent avoir été victimes de harcèlement ou de cyberharcèlement en 2025, soit une hausse de 11 points en un an. Le phénomène touche désormais massivement le premier degré : un écolier sur trois en est victime. Derrière ces statistiques, ce sont des millions d’enfants, comme ceux de notre territoire, qui voient leur santé mentale et leur droit fondamental à l’éducation bafoués. Ce sont des familles qui se brisent.
Face à cette urgence, les mesures répressives, bien que nécessaires, ne suffisent pas. Si la loi a créé un délit de harcèlement scolaire, enregistrant plus de 10 000 affaires depuis 2022, la justice ne peut pas tout résoudre. Il nous faut aussi développer de nouveaux modèles et regarder ce qui se passe chez nos voisins. Nous pensons notamment à l’exemple danois, qui doit être une leçon pour notre pays.
En effet, au Danemark, depuis 1993, l’empathie n’est pas une option, c’est une matière obligatoire. Sous le nom de « Klassens Tid » (l’heure de la classe), les élèves de 6 à 16 ans consacrent une heure par semaine à développer leur intelligence sociale et émotionnelle.
Loin des cours magistraux, il s’agit d’un atelier pratique de cohésion sociale :
- Résolution de conflits : Les élèves apprennent à écouter le point de vue de l’autre et à trouver des solutions communes, transformant l’empathie en un réflexe plutôt qu’en un concept abstrait.
- Création de lien : Par des moments de partage et de convivialité, l’école devient une communauté où chacun a sa place, et non une arène de compétition.
Ce système, ancré dans la loi, contribue à faire du Danemark l’un des pays où le bien-être des enfants est le plus élevé au monde.
Lueurs Républicaines : pour des cours d’empathie obligatoires dès le primaire
Notre système éducatif français manque d’empathie et à bien des égards. Face à un monde en perpétuel mouvement, aux guerres et à la violence qui l’accompagnent, aux technologies qui prennent de plus en plus de place et qui isolent, il semble urgent de faire de l’apprentissage « prendre soin » le cœur de notre action publique et cela dès le plus jeune âge. Nous ne pouvons plus simplement former des esprits, il nous faut aussi former des citoyens bienveillants.
La récente censure par le Conseil constitutionnel de l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans rappelle une vérité simple : on ne protège pas les enfants seulement par des interdits. Face à un cyberharcèlement qui touche 18% des jeunes et commence dès le primaire, la réponse durable, c’est l’éducation à l’empathie, à la régulation des émotions et à la vie en communauté, y compris en ligne. 71% des incidents de harcèlement se produisent dans l’enceinte scolaire : l’école est donc le premier lieu de prévention et de transformation.
C’est pourquoi, à l’heure de cette rentrée, Lueurs Républicaines porte une exigence politique forte : l’instauration de cours d’empathie obligatoires dès l’école primaire.
Il ne s’agit pas d’ajouter une heure de cours supplémentaire, mais de replacer l’humain au cœur de la pédagogie, en réorientant une heure existante (vie de classe, EMC, accompagnement personnalisé) vers des ateliers d’intelligence sociale et émotionnelle. Apprendre à reconnaître ses émotions, à comprendre celles de ses camarades, à désamorcer la violence par le dialogue, c’est acquérir des compétences aussi vitales que le calcul ou la lecture.
Mettre l’empathie au centre de l’éducation, c’est faire un choix de société. C’est refuser que l’école soit le lieu où s’apprend la loi du plus fort. C’est investir dans une génération capable de solidarité plutôt que d’indifférence. C’est participer à la construction d’une société du lien retrouvé qu’il nous faut développer le plus rapidement possible, au risque de perdre les générations à venir. Ce n’est pas une dépense supplémentaire, c’est un investissement dans la santé mentale, le climat scolaire et la cohésion nationale.
Le harcèlement scolaire n’est pas une fatalité, c’est un échec collectif que nous avons le pouvoir de transformer en réussite éducative. Faisons de cette rentrée le moment où nous décidons, collectivement, que le souci de l’autre redeviendra la première des leçons.
