Par Sarah HADDI, co-responsable du pôle Démocratie et Baptiste MENARD, Président de Lueurs Républicaines.


« Ne vous résignez jamais » – Essai unique de Gisèle Halimi, qui clame un refus absolu de la résignation !

Alors que 113 femmes ont été tuées par leur conjoint, compagnon ou ex en 2021, l’année 2022 démarre également sous de sombres auspices : 3 femmes ont déjà perdu la vie, tuées par leur mari, conjoint ou compagnon.

Le 1er janvier 2022, au petit matin, Eléonore, 27 ans, a été poignardée à mort par son compagnon, âgé de 21 ans. Quelques heures plus tard, à 700 kilomètres de là, découverte à Labry d’un corps sans vie d’une femme de 56 ans, un couteau planté dans la poitrine. Son compagnon, employé de mairie, a reconnu les faits en garde à vue où il a confirmé avoir poignardé sa femme après une dispute. A Nice, le même jour une autre femme a été assassinée. Après un appel de la fille de la victime à la police, un homme de 60 ans s’est présenté à la police pour déclarer avoir eu une dispute avec son ex-compagne, âgée de 45 ans, déclarant ignorer où elle se trouvait. Il a emmené les policiers dans un garage où était garée une voiture appartenant à leur fils aîné. Les fonctionnaires de police y ont découvert le corps de la victime, dans le coffre. Le suspect et son fils ont été placés en garde à vue.

Les uns après les autres, ces drames font la Une des journaux sans que des mesures fortes soient prises pour protéger les femmes. Notre système ne suffit pas pour les protéger. Or, nous ne pouvons nous habituer à ces féminicides à répétition. En moyenne, ce n’est pas moins d’une femme qui meurt tous les 3 jours en France, tuée par leurs (ex)-conjoints. Un phénomène qui touche – malheureusement – tous les milieux sociaux, toutes les classes d’âge et des histoires qui se répètent inlassablement. Quel triste constat !

Un féminicide est selon le Petit Robert « l’homicide d’une femme, d’une jeune fille ou d’une enfant en raison de son sexe ». Le féminicide n’est pas reconnu par le code pénal et pourtant il le faudrait.

Nous expliquerions bien volontiers à une prétendante à la présidentielle, qu’il est certes louable de souhaiter créer une nouvelle juridiction spécialisée sur les violences faites aux femmes. Mais si le crime, en lui-même, n’est pas reconnu dans notre droit, à quoi bon ? Il appartient au droit pénal de définir clairement l’infraction tant dans son élément matériel qu’intentionnel. En effet, il est urgent d’aller plus loin que l’introduction de la circonstance aggravante de sexisme dans le code pénal. Persister à ne pas nommer et refuser de qualifier le féminicide revient à masquer une violence spécifique ainsi qu’à invisibiliser le drame national que cela constitue.

Ce terme, et nous le constatons à chaque meurtre, donne une visibilité plus importante à la violence de l’acte. Il n’est plus possible de s’arrêter à l’émoi que cela suscite. Il faut agir ! Oui, le code pénal permet déjà la condamnation des auteurs de ces crimes mais il retire la nature fondamentale de l’acte : tuer une femme parce qu’elle est femme.

En finir avec la violence administrative

Il est impératif que des moyens soient alloués à la formation des policiers pour une meilleure prise en charge des victimes, lorsqu’elles osent (enfin) pousser la porte, malgré le risque encouru, d’un commissariat, choisissant de sortir de cette spirale de violence infernale. Elles doivent trouver des personnes compétentes, prêtes à écouter, agir pour mieux protéger.

Nous leur devons, nous le devons à Chahinez Daoud, brûlée vive par son compagnon le 4 mai dernier, et à toutes ces femmes qui vivent avec la peur au ventre de sortir de chez elles, de répondre au téléphone, de ne pas se réveiller après avoir reçu le dernier coup. Derrière chaque féminicide se trouve une famille, anéantie par le drame. Des enfants qui deviennent orphelins, mais aussi des parents, des frères et sœurs.

Alors qu’ils sont encore des nourrissons, ils grandiront en n’ayant aucun souvenir de leur mère, d’autres sont des jeunes enfants ou adolescents qui ont assistés, impuissants, à ces scènes de violence quotidienne sans pouvoir agir. Certains verront leur mère mourir devant eux, d’autres l’apprendront par téléphone… Et en l’espace d’une seconde ils seront devenus orphelins.

Ils sont les victimes collatérales, qu’il faut protéger. Il est dès lors urgent de créer un véritable statut de victime pour les enfants et les proches de féminicides. Il faut les prendre en charge sur le plan psychologique et ce le plus rapidement possible, les accompagner, les écouter pour ne pas que naissent en eux un sentiment de culpabilité et de colère qui les dominera tout au long de leur vie. Le traumatisme doit être traité et accompagné le plus tôt possible pour permettre à l’enfant et aux proches de pouvoir se reconstruire. L’autorité parentale doit être suspendue de plein droit au-delà des 6 mois, comme le prévoit la loi, elle doit l’être au jour du féminicide jusqu’au rendu du jugement. Il faut déployer dans l’ensemble des services pédiatriques hospitaliers du pays en partenariat avec l’aide sociale à l’enfance un « protocole féminicide » comme cela est le cas depuis 2014 en Seine-Saint-Denis ou plus récemment dans Le Rhône. Ce protocole permet une prise en charge durant huit jours non-stop.

Pour Carolie,

Stéphanie,

Chahinez,

Brigitte,

Fatima,

Berthe,

Marie-Angélique,

Ophélie,

Maureen,

Julie,

Christelle,

Johana,

Stéphanie,

Sylvia,

Aminata,

et toutes celles qui ont été tuées sous les coups…

Pour vos enfants, vos frères et soeurs, pères et mères.

Nous ne nous résignerons pas car il ne peut être acceptable, dans le pays des droits humains, qu’une femme meurt parce qu’elle fait le choix de partir, à la suite d’une énième dispute ou à cause de la jalousie de celui avec qui elle partagea sa vie.  

Comme le disait Anatole France : « vivre c’est agir ».

Alors nous vous invitons, citoyens, à vous indigner, à ne pas vous habituer à ces meurtres, et responsables politiques nous vous demandons d’agir enfin et efficacement !

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