Jeudi 24 février 2022, 05h05. La guerre à nouveau.

Après avoir reconnu l’indépendance des républiques populaires de Donetsk et de Lougansk , Vladimir Poutine a ordonné une « opération militaire spéciale » contre l’Ukraine. Loutsk, Kiev, Odessa… Aucune ville ukrainienne n’est épargnée au nom d’une « dénazification »  dont on sait qu’elle n’est qu’un prétexte pour camoufler l’appétit russe, jamais rassasié. Désormais chef de guerre, l’ancien humoriste et président Zelenski appelle -à l’heure où nous écrivons ces lignes- le peuple ukrainien à résister à Kiev, alors que les bombardements font rage et que la mobilisation générale a été décrétée. Les alliés européens, quant à eux, viennent de décider d’un paquet de sanctions à l’encontre des oligarques russes et ont gelé les avoirs du « maître du Kremlin » et de l’artisan de sa fureur, son ministre des affaires étrangères, Sergueï Lavrov. L’émotion d’Antonio Guterres n’aura pas suffit.

« Bombardement » ; « mobilisation générale » ; « invasion » ; « menaces nucléaires ». L’irruption de ces mots, dont on pensait qu’ils n’étaient plus que des vestiges de l’histoire, à tout le moins qu’ils ne seraient jamais plus utilisés pour qualifier le continent européen, est un véritable traumatisme. 2022 sonne la fin d’un rêve dont l’Europe s’était éprise de croire qu’il était devenu réalité : que la guerre jamais plus ne la frapperait.

Désormais, le peuple ukrainien meurt sous les bombes, à seulement trois heures de vol de Paris.

Quant à expliquer les processus ayant conduit des peuples frères à se haïr au point de se déchirer, nous estimons aujourd’hui que la gravité de la situation nous oblige à la pudeur et au silence du recueillement. L’analyse n’est jamais bonne lorsqu’elle sent la poudre.

C’est vers des mots d’une triste actualité qu’aujourd’hui nous décidons de nous tourner.

Peut-être galvaudés pour certains par leur usage répété, ils sont cependant ceux qui nous obligent aujourd’hui à la prudence et au respect. Ces mots sont ceux de l’écrivain et pacifiste Albert Camus lors de la remise de son prix Nobel à Stockholm le 10 décembre 1957. Cette même année, les traités de Rome sont signés le 25 mars et instaurent la Communauté économique européenne et la Communauté européenne de l’énergie atomique, justifiés par les mots de Schuman et la conviction que la paix se gagnerait patiemment par une solidarité de fait.

Conscient cependant que celle-ci ne peut être que fragile, et marqué sans doute dans sa chair par les bombardements d’Alger, Camus prononce à sa tribune cette phrase : « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse. »

Le monde de paix que nous semblons avoir toujours connu se délite. Le droit et le compromis ont été remplacés par la force et l’intolérance. Les mots se sont transformés en armes, les sommets pour la paix en conseils de guerre.

Cette guerre ukrainienne nous met aujourd’hui à l’épreuve et éprouve notre attachement à nos idéaux et valeurs. Les heures, les semaines et les années suivantes seront éprouvantes. Elles exigent de nous une lutte sans relâche pour empêcher que l’humanité ne se délite en frères ennemis. Soyons à la hauteur de ce défi.

Lueurs Républicaines prononce son soutien indéfectible au peuple ukrainien.

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