Entretien avec Baptiste Ménard, Président de Lueurs Républicaines et Samir Lassoued, élève avocat.
Comment le capitalisme nous prive-t-il de temps libre?
Samir Lassoued : Historiquement le capitalisme est un système qui organise la société. L’organisation de la société capitaliste place l’individu dans un rythme qui doit servir les intérêts financiers. L’homme n’est donc pas envisagé comme un individu émancipé mais comme un outil de travail qui permet d’atteindre cette rentabilité du capital.
Dès lors la société est pensée non pas pour émanciper l’homme mais pour servir le capital.
Lorsqu’on envisage la création d’emplois, c’est au service du capital : on envisage pas la proximité entre le lieu de travail et le lieu d’habitation, pas plus qu’on envisage la place des services publics par rapport à ce lieu de travail.
Un autre rapport au temps est celui du départ à la retraite qui a une nouvelle fois été envisagée par rapport au capital. Cela n’intéresse pas les capitalistes d’avoir un système par répartition qui permet aux gens de profiter davantage du temps libre en retraite.
Quelles ont été les grandes dates de la lutte pour la réduction du temps de travail?
Baptiste Ménard : En 1830, un salarié travaillait 3041 heures par an. En 2014, plus que 1387 heures. Cette baisse s’est faite progressivement. Le combat pour la réduction du temps de travail a commencé en 1841 avec l’interdiction de faire travailler les enfants de moins de 8 ans, et dont la limite a été allongée au fil du temps. Dès 1866, la Première internationale porte la revendication du temps de travail hebdomadaire à 49 heures et de la journée de 8 heures avec le slogan “8 heures de travail, 8 heures de loisir, 8 heures de repos” qui aboutit à une loi allant dans sens en 1919 en France.
On pense évidemment aux conquêtes du Front populaire en 1936, avec les semaines de congés payés et la réduction du temps de travail à 40 heures. Puis aux avancées réalisées par François Mitterrand qui abaisse le temps de travail à 39 heures, abaisse l’âge de départ à la retraite à 60 ans et accorde une cinquième semaine de congés payés. Enfin, Martine Aubry porta la semaine des 35 heures en 2000.
“L’Histoire de l’Humanité est celle de la conquête des libertés. Or toute liberté serait illusoire sans le temps nécessaire pour l’exercer.”
De façon peut-être plus subtile, la technologie a permis une augmentation du temps libre. Lorsque la technologie et le progrès sont utilisés dans le bon sens permet de réduire le nombre de tâches et donc le temps libre consacrer à autre chose.
Comment a été pensé le combat pour l’augmentation du temps de vivre ? Pourquoi nous libérer du temps libre ?
Samir Lassoued : Un des pionniers de la question du temps libre est Jacques Delors. Le postulat de départ est de considérer que l’émancipation de l’homme nécessite un temps consacré à celle-ci.
Lorsqu’on fait la semaine de 35 heures, la retraite à 60 ans, les congés payés, c’est systématiquement accompagné de mesures émancipatrices. Par exemple lorsque la gauche fait des congés payés, elle accompagne cela des billets SNCF qui permettent de partir en vacances en famille pour découvrir la France, et surtout a créé les colonies de vacances qui sont des endroits extraordinaires de mixité sociale et de partage d’une culture populaire.
Au-delà de la réduction du temps de travail, comment peut-on libérer du temps de vie ?
Baptiste Ménard : Il s’agit d’abord d’une bataille culturelle. Une fois que cette bataille aura été menée et gagné, il faudra adopter une philosophie du temps libéré. Par exemple, le temps de vie consacré au travail, c’est-à-dire la retraite, doit être pensé différemment. Il n’est pas normal que nous n’arrivions pas à faire partir plutôt les travailleurs des métiers les plus pénible. On peut envisager que pour certains le travail est plus émancipateur que pour d’autres. Donc l’allongement ou le maintien de la durée de cotisation peut avoir du sens. Mais pour un ouvrier, ou une caissière, il faut réduire le nombre d’annuités pour permettre à ces gens dont la durée de vie est moins élevée de profiter le plus possible du temps à la retraite.
Samir Lassoued : L’organisme peut jouer un rôle considérable dans la libération du temps. La construction des habitations plus près des emplois et vice versa permet de réduire le temps de trajet. La réduction du temps de trajet est un combat que nous devons mener au même titre que la réduction du temps de travail pour les métiers les plus pénible. Lorsque vous êtes cadre vous pouvez faire du télétravail, lorsque vous êtes ouvrier ce n’est pas possible. Or le temps de trajet d’un cadre, est toujours inférieur à celui d’un employé en bâtiment qui va devoir en en raison de son métier se déplacer dans différents chantiers dans une région voir dans plusieurs.
Il faut une valorisation du temps contraint. Le temps de trajet, doit être prise en compte dans le calcul de certains salaires, pour que soient envisagées des solutions alternatives qui permettent aux travailleurs de bénéficier d’une contrepartie de ce temps. Le temps de trajet doit être dans plus de cas rémunéré, ou alors les employeurs doivent trouver des solutions alternatives pour réduire celui-ci.
Baptiste Ménard : En ce qui concerne les femmes, et encore plus lorsqu’elles sont mère isolée, il faut une rémunération des tâches genrées. Lorsqu’un emploi correspond à une tache réalisée, on peut envisager qu’elle soit rémunéré. Par exemple l’aide aux devoirs est un métier, on rémunère des assistants d’éducation pour aider aux devoirs.
Enfin, un grand service public de la petite enfance doit être construit au service de l’émancipation des femmes, car ce sont les premières à devoir s’occuper des enfants le soir, le week-end, et pendant les vacance. Ce grand service public Pourrait permettre à ses femmes de s’engager en politique puisque les conseils municipaux les réunions politiques ayant lieu bien souvent le soir.
Pour aller plus loin : lire la dernière tribune de Samir LASSOUED et Baptiste MÉNARD dans le journal Marianne : https://www.marianne.net/agora/tribunes-libres/la-reduction-du-temps-de-travail-ce-combat-demancipation-que-la-gauche-a-oublie