Après une campagne présidentielle dont la Gauche est ressortie exsangue et divisée, la victoire au second tour d’Emmanuel Macron sonne comme le glas d’une démocratie qui peine à se réinventer. Une victoire à la Pyrrhus dont le seul exploit fut celui de porter l’extrême droite à des niveaux jusqu’alors jamais atteints. Coincé entre une digue de plus en plus fragile et un déluge qui se voudrait inévitable, notre époque politique est crépusculaire. Sur fond d’un contexte international tutoyant des tensions n’ayant rien à envier aux conflits passés et d’une urgence climatique qui se fait de plus en plus pressante, la Gauche paraît inutile, contrainte et surtout, absente.
Pourtant, l’histoire nous oblige. Face à la vague brune qui voudrait ensevelir le pays et le marteau libéral qui ne pense qu’à casser notre État social, le danger est trop grand et l’opportunité trop propice pour que nous refusions de nous réunir. L’élection présidentielle passée, il ne reste désormais que l’élection de l’Assemblée pour tenter de faire vibrer les voix contestataires, non pas pour abattre la République, mais, au contraire, pour les transformer en un élan à même de répondre aux exigences de notre temps.
En cette fête du travail, un des nombreux combats remportés par notre famille politique, l’occasion est trop belle pour être manquée. Elle est annonciatrice des nombreux combats dont la Gauche doit à nouveau se saisir pour tenter de regagner les cœurs de ceux qui l’ont aimée. Les chantiers sont immenses : diminution du temps de travail, transition écologique, refonte du contrat social et du pacte républicain… A défaut d’avoir su se réunir lors de ces élections présidentielles, ne restent désormais que les élections législatives pour espérer opposer une résistance franche à Emmanuel Macron, qui n’a remporté que près d’un quart des votes d’adhésion. Rappelons que près de 13,6 millions d’électeurs ne sont pas allés voter.
Nos différences ne sont pas inconciliables, loin de là. Elles sont au contraire la force motrice d’un espoir vibrant. La victoire de 1981 en est le fait le plus éloquent. 40 ans après, reconstruisons un nouveau programme commun pour la Gauche. Apprenons à dépasser ces désaccords afin de proposer un futur à même de répondre aux attentes de ceux que nous avons cessé d’écouter. Les élections législatives sont l’occasion d’amorcer ce travail de fond et d’entamer cette réflexion féconde de laquelle la Gauche doit renaître. Le contexte est idéal : près de 68% des Français souhaiteraient une cohabitation à l’issu de ces élections tandis que 71% ne souhaitent pas que Jean Castex soit reconduit à Matignon[1]. Le désavœu politique à l’égard de la politique d’Emmanuel Macron est sans appel.
Ne nous y trompons pas. Sans une Gauche forte capable de porter les conquêtes sociales et l’amélioration des droits individuels et collectifs, aucune autre famille politique ne prendra part à ce combat. Et si d’aucunes prétendront le faire, cette promesse ne sera que le simulâtre à peine dissimulé d’une avidité dévorante, usant de la détresse comme d’un marche pieds vers les portes du pouvoir. Pour l’ensemble de ces raisons, nous appelons les responsables et représentants de notre famille politique à ne pas céder aux passions égoïstes mais à se concerter pour entamer, dès aujourd’hui, notre unité de demain. Les législatives en sont les racines les plus propices.
[1] Sondage Ifop pour Paris Match, édition 28 avril au 4 mai 2022