Travail coordonné par Sarah HADDI , co-responsable du pôle « Démocratie » de Lueurs Républicaines.

Il y a un an, Kaboul tombait après plus de vingt ans de présence étrangère, emportant dans sa chute les espoirs du peuple Afghan de pouvoir vivre libre.

C’était il y a un et pourtant nous nous souviendrons encore longtemps des images effroyables de ces femmes et hommes s’accrochant à un avion en plein décollage, au péril de leur vie, pour essayer de quitter un pays qu’ils ne reconnaissaient plus. Imaginons un instant, le degré de désespoir et de peur qu’ils ont pu éprouver pour espérer pouvoir s’enfuir en s’agrippant à un avion en plein décollage.

C’était il y a un an, et malgré les promesses des talibans, l’économie du pays est à genoux. Le rapport de l’International Rescue Committee (IRC) publié ce lundi est alarmant. L’ONG, très présente sur le territoire, est sans appel : les dirigeants internationaux doivent impérativement changer de stratégie pour soulager la population afghane qui se meurt.

La situation est dramatique ! Le pays fait face à un effondrement économique sans précédent. Le rapport est sans équivoque « si l’Afghanistan continue sur cette trajectoire, la crise actuelle pourrait tuer bien plus d’Afghans que les 20 dernières années de guerre ». En effet, depuis la prise du pouvoir par les talibans, les sanctions internationales sont tombées, isolant totalement le pays du reste du monde et ne laissant que peu d’espoir au peuple afghan. Le rapport dénonce cette politique internationale qui touche en premier lieu une population déjà bien affaiblie, « alors que les dirigeants mondiaux cherchaient à isoler économiquement les talibans, leurs approches politiques ont paralysé l’économie du pays dans une catastrophe humanitaire qui a laissé plus de 24 millions de personnes sans assez de nourriture pour manger chaque jour. Et quand une famille a faim en Afghanistan, les femmes sont les dernières à manger ».

La population meurt de faim ! Le rapport pointe également du doigt une grave crise de la faim qui trouve « notamment ses racines dans des politiques publiques et internationales qui ont brutalement affecté les citoyens ». Selon les Nations Unies, près d’un Afghan sur deux – soit près de 20 millions de personnes – vit en situation d’insécurité alimentaire et lutte contre la faim aiguë. Plus de la moitié des enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition. Le 20 juillet dernier à Kaboul, des femmes faisaient la queue devant une boulangerie afin de quémander quelques morceaux de pain.

Cette situation contraint certaines familles à faire le choix impossible de vendre leur enfant pour couvrir leurs dettes. Nous nous souviendrons longtemps des mots d’une maman, qui par désespoir a du faire ce terrible « choix » : vendre son enfant ou le laisser mourir de faim. Le reportage « L’Afghanistan, le sort des enfants vendus » diffusé le 22 mai dernier sur France2 raconte l’innommable : en 2022, des mères vendent leurs enfants pour tenter de sauver de la faim les autres membres de la famille.

La maman d’Amina démunie face à une situation insensée se livrait honteuse : « J’ai vendu ma fille à cause de la famine et de la pauvreté ». Amina, 10 ans, a été vendue il y a trois mois pour environ 3000 dollars. Elle a été vendue à un homme de vingt ans son ainé, comme c’est très souvent le cas. Il se peut également – dans le meilleur des cas – que ces jeunes filles soient vendues à des couples qui ne peuvent pas avoir d’enfants. Un trafic de la misère de plus en plus répandu en Afghanistan. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas.

Personne ne semble pouvoir mesurer l’ampleur du phénomène, pourtant il semblerait que cette pratique aurait doublé depuis un an. Ces mères agissent pour tenter de survivre car leur seule richesse aujourd’hui, ce sont leurs petites filles. Survire à quel prix ? Celui du sacrifie. Une nouvelle fois, dans cette folie masculine, ceux sont les femmes qui paient le plus lourd tribut.

Depuis la chute de Kaboul, la guerre contre les femmes afghanes est déclarée. Elles sont les premières victimes du retour des fondamentalistes en Afghanistan. L’ensemble de leurs libertés sont rognées : elles ne peuvent plus sortir ; elles sont exclues de la vie publique ; aucune femme ne fait partie du gouvernement ; moins de 100 des 700 femmes journalistes de Kaboul travaillent encore et dans des conditions extrêmement difficiles ; mariages précoces et forcés en forte hausse ; le système de protection des victimes de violences de genre n’existe plus ; un ministère pour la promotion de la vertu et la répression du vice a été ré-instauré (il existait déjà de 1992 à 2001, puis de 2003 à 2006 et depuis 2021). Parwana Paikan, conseillère spéciale de l’Ambassade d’Afghanistan en France le dit justement « L’Afghanistan est une prison physique et psychique pour 38 millions d’Afghans, mais surtout pour les femmes et les filles. Les promesses n’ont pas été tenues ? Les Afghans n’y ont jamais cru ! Comment y croire ? Nous connaissons les talibans depuis qu’ils ont pris le pouvoir la première fois, en 1996, sous prétexte de mettre fin à l’occupation étrangère. Cette fois, la communauté internationale a voulu croire qu’ils avaient évolué, mais s’il y a une chose qui n’a pas changé en vingt ans chez les talibans, c’est leur position à l’égard des femmes ».

Un an plus tard, malgré l’ensemble des restrictions qu’elles subissent quotidiennement, les femmes afghanes continuent de se battre avec un courage et une force incroyable pour récupérer leur liberté. Elles manifestent dans les rues au péril de leur vie et marchent fièrement contre l’assujettissement des talibans. Elles marchent pour nous prouver qu’elles sont toujours là, malgré les restrictions. Elles marchent pour leur liberté, pour la liberté de toutes les femmes afghanes et celles du monde. Le rapport « Death in Slow Motion : Women and Girls Under Taliban Rule » d’Amnesty publié en juillet dernier révèle la façon dont les femmes qui manifestent pacifiquement contre les règles oppressives imposées par les Talibans sont menacées, arrêtées, détenues, torturées et disparues de force. Et pourtant les femmes continuent de se lever pour rappeler au monde entier que l’Afghanistan restera debout.

C’était il y a un an, pourtant dans le cœur de tous les afghans qui ont réussi à quitter le pays ou ceux qui y sont toujours demeure le sentiment impuissant d’avoir perdu leur pays.

La responsabilité de la communauté internationale est grande et si elle n’agit pas, elle abandonnera les femmes et les filles en Afghanistan et sapera les droits de l’Homme partout dans le monde. Elle doit imposer des sanctions aux talibans pour leur conduite, sans nuire au peuple afghan déjà fortement touché par les sanctions internationales. Il est urgent que la communauté internationale vienne en aide au peuple afghan pour mettre un frein à la crise alimentaire et humanitaire qui s’installe durablement dans le pays.

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