La COVID 19, le réchauffement climatique, la guerre en Ukraine marquent, chacune à leur niveau, une crise dans notre société. L’histoire est jalonnée de crises qui ont marqué des tournants et permis l’émergence du pire comme du meilleur. La Révolution française, avec sa part d’horreurs et de vicissitudes, a construit en partie notre modèle démocratique. La première guerre mondiale a conduit à une seconde guerre, bien pire. Mais celle-là a donné naissance à de grandes institutions internationales, comme le Conseil de l’Europe, gardien des droits humains sur notre continent, ou l’ONU. 

Cette crise et ces épreuves doivent être l’occasion pacifique de transformer notre société pour préserver notre humanité et rétablir l’équilibre de notre planète. Pour y parvenir, nous devons profiter d’outils comme l’Agenda 2030. Mais cela se fera par la concertation et par une prise de conscience collective. De nombreux spécialistes et chercheurs ont déjà commencé à explorer les pistes et élaborer des plans. De nombreux citoyens, individuellement ou réunis en associations, portent leurs propres propositions et actions quotidiennes. 

Nous avons souhaité, au travers des « Rendez-vous de la Transition » et des Cahiers de la Transition[1], que nous avons proposé en 2020 en plein confinement,  en recueillir quelques-unes pour les rassembler et les mettre en lumière afin qu’elles puissent éclairer nos décideurs et chaque acteur qui voudront bien construire l’avenir.

Les paroles d’experts que nous avons proposées ne traitaient pas les sujets de la transformation nécessaire dans son entièreté, mais ils cherchaient à éclairer sur des questions essentielles. Nous vous invitons à les lier afin de vous éclairer et enrichir vos propres retours d’expériences et d’opinion.

Vous trouverez pour conclure cette série de contributions intitulée « Regardons le développement durable en face et Construisons ! » un certain nombre de propositions pour une société durable, pour l’avenir sociétal, pour la justice sociale et le Pouvoir de Vivre, pour la transition numérique et pour la gestion de deux ressources naturelles essentielles (l’eau et la terre).

Propositions pour une société durable

– S’engager pleinement sur deux priorités essentielles : la décarbonation et la conservation de la biodiversité ;

– Travailler à la création d’un Conseil de sécurité planétaire ;

– Créer un poste de ministre de la Planète auprès du ministre des Affaires étrangères pour s’occuper des biens communs de la planète ;

– Veiller à ce que les nouvelles techniques soient mises en œuvre en respectant la vie et la planète ;

– Construire un projet politique pour créer l’écologie du bien commun ;

– Utiliser la science technique à la conservation du bien commun à condition que tous les processus

d’essais soient respectés ;

– Engager des études sur la question de la séquestration du carbone ;

– Etablir un réseau d’IRVE efficace, suffisant et accessible à tous ;

– Mettre en place une industrie au moins européenne de fabrication et de recyclage de batteries pour véhicules électriques ;

– Mettre en place très rapidement la réglementation environnementale 2020 pour les bâtiments ;

– Chercher à réduire la radiotoxicité des déchets nucléaires d’au moins mille fois ;

– Continuer à exploiter et à améliorer les filières des énergies renouvelables, notamment celle des

éoliennes offshore, de la méthanisation et de l’hydrogène décarboné ;

– Mettre en place des formations axées sur les métiers du futur, maillons indispensables de la

transition écologique et de la lutte contre le réchauffement climatique – un million d’emplois à la clé ;

– S’appuyer sur les objectifs de développement durable (ODD) pour réformer et transformer notre comptabilité publique et conjuguer celle-ci aux nouveaux indicateurs de richesse – tout projet de loi doit intégrer les ODD

Propositions pour l’avenir sociétal

– Faire de la co-construction un élément essentiel des politiques publiques pour permettre une capacité d’action efficace. La prise en compte des travaux de la convention citoyenne a laissé les Français sur leur faim. Nous devons aller plus loin ;

– Etablir de véritables soutiens des structures publiques et des entreprises afin de permettre les engagements forts des structures d’intérêt général ;

– Inciter les entreprises à rechercher le partenariat sociétal, au travers d’une R&D sociétale de terrain, pour travailler à des produits et services répondant aux besoins grandissants d’aujourd’hui ;

– Etablir une alliance de travail commun entre les associations, les corps intermédiaires, les collectivités territoriales et les entreprises pour réduire les fragilités et inventer de nouveaux moteurs de croissance et d’emplois ;

– Etablir des indicateurs de mesure pour déterminer les bases de la réussite collective et reconnaître ainsi et valider les différentes formes de co-construction ;

– Créer une fondation sur les territoires pour repérer leur capacité à être force de propositions et repérer les formes de mobilisations des énergies d’expertise ;

– Etablir autour des ODD un cadre commun avec une volonté politique forte et une autonomie d’action permettant la construction du bien commun 

– Les investisseurs et les entreprises doivent travailler à l’élaboration de méthodes et d’indicateurs communs pour atteindre les ODD sur les mêmes bases proposées par l’INSEE ;

– Favoriser les investissements vertueux au regard des ODD et au contraire désinvestir dans les filières négatives pour les ODD ;

– Faire de l’utilité sociale et des besoins planétaires la boussole pour les entreprises futures ;

– Faire des ODD un guide de management agile pour permettre de regarder les problématiques de façon transversale ;

– Demander à l’État de définir des grandes priorités dans lesquelles les entreprises pourraient venir y intégrer leurs actions en faveur du développement durable ;

– Travailler à des indicateurs d’impact pour compléter les indicateurs d’État afin de permettre les interrelations allant dans le sens d’une durabilité fort

Propositions en matière d’Economie

  • Rendre obligatoire et transparente la publication de l’impact des investissements et des activités sur la planète ;

– Considérer le risque climatique au même titre que les autres risques financiers ;

– Avoir une grille de lecture permettant de distinguer les actifs bruns des actifs verts ;

– Couvrir tous les secteurs de production et de consommation ;

– Sortir très rapidement des investissements basés sur les énergies fossiles tout en investissant dans les énergies propres. C’est ce que viennent de décider, pour la première fois de l’histoire, les Nations Unies en appelant à une sortie des énergies fossiles, dans une recommandation adoptée lors de la Conférence de Stockholm qui s’est déroulée les 2 et 3 juin 2022 . Pourtant les investissements des banques dans le secteur des énergies restent très importants. Ils doivent cesser dans les plus brefs délais ;

– Agir rapidement face au risque d’augmentation des coûts de transition écologique à l’avenir ;

– Gérer l’impact des acteurs financiers sur le climat plutôt que les conséquences de leurs actes ;

– Eviter d’affaiblir la réglementation prudentielle (Bâle 3) qui impose un certain niveau de fonds propres par rapport au risque financé

– Intégrer véritablement les ODD dans les budgets publics ;

– Utiliser les outils et les expériences d’intégration des ODD existants pour réussir ce processus ;

– Aligner les plans de relance post-Covid-19 sur les ODD ;

– Conditionner le soutien aux entreprises à une transformation structurelle en phase avec les ODD ; 

– Créer un panel européen pour la durabilité qui donnera un avis de l’évolution vers l’atteinte des

ODD ;

– Traiter le risque systémique au-delà de la sphère économique et financière ;

– Renforcer la réglementation en introduisant les ODD dans le programme visant à améliorer la

réglementation

– Encourager plus d’éthique dans la finance ;

– Introduire de la subsidiarité dans l’économie en développant les circuits courts ;

– Faire de l’économie circulaire un levier important de la transition ;

– Mettre la finance au service de la protection du vivant ;

– Mieux orienter les investissements pour enclencher le processus de transition ;

– Soutenir davantage les investissements socialement responsables ;

– Diriger les flux à destination des paradis fiscaux et des marchés non réglementés vers l’économie réelle et les projets en phase avec le développement durable ;

– Introduire dans les conseils d’administration des représentants de salariés, de l’environnement, des représentants locaux du lieu d’implantation de l’entreprise et des représentants d’ONG agissant dans les pays en voie de développement, des représentants de la société civile des pays en voie de développement pour une meilleure application des objectifs de développement durable

Propositions pour la justice sociale et le Pouvoir de Vivre

– Utiliser le « pacte du pouvoir de vivre » pour mettre en place une dynamique locale avec tous les

acteurs locaux ;

– Réinventer et recréer ensemble les initiatives citoyennes en proposant des valeurs à porter ensemble ;

– Reconstruire un idéal autour d’une volonté de vivre mieux sur une planète respectée (Ecologie du Bien Commun) ;

– Les dimensions économiques, sociales et environnementales doivent être les parties intégrantes du développement durable ;

– L’utilité sociale doit être un élément central dans le calcul de la répartition des richesses ;

– Concevoir la production à l’échelle européenne en prenant le temps du débat.

Propositions pour la transition numérique

– Mettre la transition numérique au service de la transition écologique ;

-Faire de l’inclusion numérique un enjeu social, économique et sociétal majeur ;

– Faire du numérique un objet d’étude à part entière dans le domaine éducatif ;

– la politique d’inclusion numérique doit être décentralisée et portée politiquement au niveau des territoires et des administrations ;

Propositions pour la gestion de deux ressources essentielles

Eau

– Permettre à chaque personne de disposer de l’eau potable, notamment dans les outremers ;

– Réduire la consommation d’eau de 25 % d’ici à quinze ans par des gestes économes par des bonnes habitudes de consommation et des campagnes de sensibilisation aux économies d’eau ;

– Réduire les fuites dans les canalisations d’eau potable ;

– Utiliser les eaux grises en respectant la réglementation pour l’arrosage des espaces verts, les chasses d’eau, le nettoyage des voitures ;

– Rendre les sols perméables avec l’utilisation de matériaux adaptés et éviter que l’eau reparte à la mer sans avoir été utilisée ;

– Réduire de façon drastique l’usage des produits phytosanitaires ;

– Aider à la promotion de la mise en place d’une tarification sociale de l’eau ;

– Anticiper et gérer les conflits d’usage pour éviter les risques de pénuries d’eau

– Eviter les déséquilibres entre les ressources et les besoins de consommation ;

– Utiliser la cible 6b de l’ODD 6 (eau propre et assainissement) pour participer aux décisions principales de gestion de l’eau (démocratie participative) ;

– Utiliser les statistiques des ODD pour pousser les décideurs publics à agir.

Agriculture

– Déverrouiller le système agricole français afin que les agriculteurs ne soient plus que des simples exécutants ;

– Promouvoir et aider la mise en place des initiatives « 4 pour 1000 » pour une réelle implantation de

l’agroécologie ;

– Mettre en place un cadre législatif de réimplantation des arbres sur les sols agricoles ;

– Mettre en place des incitations à la vente de produits biologiques pour les acheteurs (grandes entreprises notamment) ;

– Réorienter la commande publique vers la production locale et biologique ;

– Favoriser l’engagement de méthodes moins énergivores ;

– Encourager les démarches locales avec des incitations financières mieux adaptées et un cadre législatif plus avantageux ;

– Limiter la vente des terres agricoles pour le bâti et privilégier la revente à des projets alternatifs de permaculture ou autres ;

– Rassurer, encourager et accompagner les transitions avec un cahier des charges plus facile à mettre en œuvre ;

– Mettre en place dans les formations adéquates l’apprentissage des techniques de permaculture


[1] Repenser nos sociétés à l’aune des ODD : gouvernance et développement durable – Fondation Jean-Jaurès (jean-jaures.org)

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