91%. C’est le nombre de personnes noires ou métisses ayant déjà fait la douloureuse expérience d’une discrimination à l’embauche.
Ce chiffre de la honte est à l’image des dynamiques racistes qui traversent aujourd’hui le marché du travail, et, plus généralement, de nombreux segments de notre société.
En 2015 déjà , l’Institut Montaigne montrait qu’une personne ayant un prénom maghrébin devait en moyenne envoyer 20 CV pour se voir proposé un premier entretien (contre seulement 5 pour un prénom dit « français »).
À l’heure ou les fractures sociales font le lit de la haine, les discriminations s’intensifient et redoublent de violence à l’encontre de personnes que le système déjà écrase.
Régi par la seule loi de la compétitivité inhumaine, le marché du travail se trouve désormais présidé par l’inique discrimination qui voudrait nous faire croire qu’une couleur de peau ou qu’un prénom serait le reflet d’une quelconque qualité professionnelle.
Ces idées sont à rebours des concepts qui ont amené à l’avènement de notre république et, partant, de l’universalisme qui lui est consubstantiel. Loin d’avoir fondée notre identité nationale sur le concept étriqué d’éthnie, l’esprit des Lumières l’a façonné sur l’idée de citoyenneté afin d’accueillir en son sein tous ceux qui estimaient pouvoir participer à sa construction.
Pour autant, les dynamiques discriminantes qui traversent notre société minent l’expression pleine et entière de cet universalisme qui, sous prétexte de ne voir que des femmes et des hommes, ne peut se dispenser de réfléchir aux discriminations qu’il naturalise.
Engager une réflexion profonde et collective afin de parachever l’œuvre de cet universalisme me paraît indissociable de cette lutte contre les discriminations. Ce noble idéal ne doit pas simplement habiter le « ciel des idées » mais doit trouver une expression concrète qui puisse protéger quotidiennement des affres de la haine.
Très concrètement, afin de lutter contre ces discriminations dans le monde professionnel, je propose de systématiser l’anonymat des CV tout en ouvrant une discussion collective sur les statistiques dites « ethniques » afin de prendre la pleine mesure des discriminations que subissent certains de nos concitoyens.
Je conclurai par ces mots d’Aimé Césaire : « je n’ai pas cette conception carcérale de l’identité »
Tâchons de ne pas dévoyer l’universalisme afin d’en faire l’instrument de paix qu’il n’a jamais cessé d’être, n’en déplaisent à ceux qui voudraient n’en faire que l’apanage de quelques uns.